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La colère comme matière.

La colère est un carburant particulier.

Pas le meilleur état pour prendre des décisions, mais l'un des plus productifs pour créer. Il y a une clarté dedans. Les hésitations habituelles, est-ce que c'est assez bien, est-ce que ça fonctionne, est-ce que je dois aller plus loin, ont tendance à disparaître. On arrête de douter et on avance.

Certaines des pièces les plus tranchantes viennent de là. Pas parce que la colère rend meilleur, mais parce qu'elle enlève le filtre. Ce qu'on fait sous le coup de la colère est plus proche de ce qu'on pense vraiment que ce qu'on ferait dans un état plus calme et plus posé. C'est moins poli et plus honnête.

Le risque, c'est que ça se voit. Parfois c'est un problème. Parfois c'est exactement le but.

Il y a aussi quelque chose dans la colère qui exige une réponse. Un sentiment qui a besoin d'aller quelque part, qui ne peut pas juste rester là. Créer est l'une des rares sorties productives — ça absorbe l'énergie sans la gaspiller. Le travail devient un réceptacle pour quelque chose qui, autrement, brûlerait juste.

Tout ce qui est fait sous la colère ne survit pas. Certaines pièces paraissent différentes une fois que le sentiment est passé, trop brutes, trop spécifiques, trop liées à un moment. Mais d'autres tiennent. Et ces pièces-là ont souvent quelque chose que le travail plus calme n'a pas : un tranchant qui reste longtemps après qu'on a oublié ce qui l'a causé.

— Studio Ninette, designed in Belgium.