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La fin de quelque chose

Les fins sont fécondes d’une manière qu’on a du mal à reconnaître sur le moment.

Quand quelque chose s’arrête — une relation, un chapitre, une version de soi à laquelle on s’accrochait — il y a toujours un moment où tout semble en suspens. Plus rien ne se met en place comme avant. Le vide laissé derrière soi est inconfortable, très concret, et difficile à expliquer à quelqu’un qui ne le traverse pas avec nous.

Mais cet inconfort finit par nourrir quelque chose.

Pas tout de suite. Les premiers jours ne sont que du bruit. Puis, au fil des semaines, les choses commencent à se préciser. Des images, des mots, des rapprochements qui n’auraient probablement jamais existé autrement. Une façon de dire les choses qui ne devient possible qu’une fois que quelque chose est terminé.

Certaines des œuvres les plus justes naissent de là. Justes parce que le sentiment, lui, est très précis. Il n’y a rien de vague dans le deuil, le soulagement, ou cette fatigue particulière qui accompagne une longue fin. On sait exactement ce que l’on ressent. Et cette précision donne souvent naissance à des choses dans lesquelles les autres se reconnaissent — non pas parce qu’ils ont vécu la même histoire, mais parce qu’ils connaissent, eux aussi, l’émotion qui se trouve en dessous.

C’est peut-être ça, le plus étrange, quand on crée à partir d’une fin. Ça commence par quelque chose de profondément personnel, puis ça finit par rejoindre quelque chose d’universel. Plus le sentiment est précis, plus les autres semblent pouvoir s’y reconnaître.

Et, au fond, c’est bien là tout le propos.

— Studio Ninette, designed in Belgium.